« Ein Brera », un livre qui nous parle du devoir de mémoire

Une couverture sobre, épurée, comme pour ne pas apporter de fioriture au sujet important qu’aborde Lisa Giraud Taylor dans son livre Ein Brera : le devoir de mémoire.

[L’Allemagne] C’était le berceau de ma famille. Nous étions allemands, tous, depuis longtemps. Je ne vous cacherai pas que cela n’ pas fait l’unanimité dans ma famille. Maman refusait de venir. Mais il faut pardonner, il faut tourner la page. Il ne faut jamais oublier, ça, jamais, jamais, il faut parler, le dire, l’exprimer, mais il faut pardonner.

Résumé 

Béatrice Mercier-Charbonet, spécialisée dans la protection des grands patrons, doit se rendre en Israël, suite à l’enlèvement de son PDG par des « contestataires anti-finances », pour négocier. Arrivée sur place, elle est prise en charge par Noah, policier de la section anti-terroriste du Shin Bet. Le trajet d’une heure se transforme en cinq heures. Leur rapprochement est fulgurant. Elle, quarante-cinq ans, est divorcée. Lui, quarante-six ans, vient de divorcer de son premier amour. Lors d’une présentation à la famille de Noah, le passé du grand-père de Béatrice, lors de la Seconde Guerre mondiale, va faire éclater cette romance et amener Béatrice à affronter le devoir de mémoire lors d’une longue traversée du désert.

 

Ein Brera est un tout jeune roman, paru début novembre 2018. Il fait partie d’un triptyque autour de la seconde guerre mondiale.

Le premier volet, Karl et Nina (février 2017), évoque les relations entre la population française et les soldats allemands, ainsi qu’entre les français eux-mêmes. Le deuxième ouvrage c’est Ein Brera, qui est centré autour du passé d’un homme et les conséquences de ses actes sur les descendants héritant de la responsabilité et la culpabilité. Enfin, dans le troisième livre de ce triptyque qui paraitra en 2019, Lisa Giraud Taylor revient à la source, traitant de la période 1928-1937 en Allemagne. Notez cependant que ces trois ouvrages se lisent indépendamment !

Les 280 pages de ce livre se lisent d’une traite, et le lecteur est directement plongé dans l’histoire avec Béatrice, et Gaspard, puis Noah, Eli, Rachel… L’une des forces du roman est probablement le fait que l’intrigue jongle avec les genres. Cela peut dérouter, mais c’est original. Tout part d’un enlèvement : le suspens, la tension, le stress sont diffusés dans les premiers chapitres, jusqu’à ce que le livre prenne un tournant bien différent.

Divisé en trois parties, trois perspectives différentes, Ein Brera laisse rapidement derrière les considérations politiques et économiques du capitalisme et des entreprises du CAC 40. Le lecteur se retrouve alors embarqué avec Béatrice, la protagoniste, au coeur d’un parcours initiatique qui l’oblige à remettre en question son passé, mais aussi son identité, ses choix et son attitude.

Relativement peu friande des romans à tonalité historique, en particulier sur les guerres, Ein Brera s’en détache cependant en se concentrant uniquement sur un personnage, et les ramifications qu’a eu son histoire si particulière. Lisa Giraud Taylor permet d’offrir à son lecteur non pas une simple fiction, mais une réflexion sur l’importance, mais aussi le poids du devoir de mémoire, un juste équilibre en responsabilité et (sentiment de) culpabilité.

Comme le signifie l’expression « Ein brera » : il n’y a pas le choix. Ce devoir de mémoire doit être effectué, et c’est à nous de naviguer entre mémoire collective et responsabilité individuelle.

Depuis ces huit derniers mois, Béatrice n’avait pris aucun moment de détente hormis les heures passées avec ses enfants et les dîners avec Gaspard. Elle respirait dans l’ambiance des années de guerre, regardait, visitait ou lisait sur des actes effroyables et n’avait qu’une idée en tête, demander pardon et voir s’envoler la culpabilité qu’elle portait.

C’est une lecture facile et surtout utile. Même l’intérieur du roman est agréable à lire, on est loin des aspects « gros pavés » d’autres livres. La seule chose qui m’a dérangé dans ma lecture, mais c’est un point plutôt logistique, c’est le trop-plein de paroles rapportées dans le texte, constamment mises en évidence en italique et entre guillemets, qui peuvent casser le rythme de lecture. 

Ein Brera est pour moi un roman qu’il serait intéressant de faire lire à l’école afin d’entamer un dialogue avec les élèves sur leur ressenti, ce qu’ils ont compris du pan historique de l’intrigue, mais aussi des responsabilités que cela implique pour les descendants, et ce même aujourd’hui, que ce soit les bourreaux, ou les victimes. 

 

Il est difficile d’accepter les différences, de composer avec les différences.

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Vous pouvez retrouver l’auteur sur son blog, Twitter, ou Instagram !

Merci à Fanny Cairon de m’avoir envoyé ce livre, ainsi qu’à Lisa pour ses petites attentions.

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