Mon avis sur « La Théorie des Cordes » de José Carlos Somoza (2007)

Je ne connaissais pas du tout José Carlos Somoza, et je suis tombée sur son ouvrage intitulé « La théorie des cordes » tout à fait par hasard. J’étais à la librairie, à la recherche de nouveaux livres à acheter, et j’ai surpris une conversation entre une des vendeuses et sa cliente, à qui elle recommandait ce livre décrit comme un thriller noir qui parle de théories physiques mais de façon compréhensible. Autant la physique et les mathématiques n’ont jamais été mon domaine de prédilection, autant j’adore lire et regarder des films sur ce sujet quand ce n’est pas trop compliqué. Bref, cette conversation ayant suscité mon intérêt, j’ai tout de suite saisi le livre et lu la quatrième de couverture afin d’avoir plus d’information. Satisfaite, je l’ai donc acheté et ai terminé la lecture en à peine trois jours, un succès dévoré !

La quatrième de couverture :

Isolée sur un atoll de l’océan Indien, la fine fleur de la physique mondiale œuvre à un ambitieux projet fondé sur la théorie des cordes, qui permettrait d’ouvrir le temps. S’ils parviennent avec ravissement à contempler le passé de l’humanité, les scientifiques perçoivent rapidement que ce programme, financé par de mystérieux fonds privés, pourrait connaître des applications moins angéliques. Un drame conduit à la suspension immédiate des recherches, dispersant aux quatre vents les apprentis sorciers. Dix ans plus tard, Elisa Robledo, brillante physicienne d’une université de Madrid, se sent en danger de mort. Avec ses anciens acolytes, elle retourne aux origines de la tragédie, sur cet îlot où ils avaient profané le temps. Intensité, profondeur, puissance narrative : José Carlos Somoza porte les énigmes de la physique au cœur d’un roman dont l’efficacité fait frémir.

La Théorie des cordes est un roman surprenant. Lors de l’écriture du livre, José Carlos Somoza s’est entretenu avec plusieurs représentants scientifiques, afin de s’assurer de la cohérence des hypothèses physiciennes qu’il expose. Et malgré le fait qu’il aborde des sujets de physique et de mathématique qui peuvent sembler compliqués au premier abord, il a su les rendre accessible au néophyte grâce à un style d’écriture agréable et simple à lire. Moi-même n’y connaissant pas grand chose à la théorie des cordes, je me suis retrouvée happée dans l’histoire au bout de quelques pages seulement. N’ayant donc crainte de ne pas réussir à suivre l’histoire ou comprendre ce qu’il se passe.

Deuxième élément positif, les personnages du roman sont très intéressants. Souvent rebutée par des personnages principaux un peu trop « noirs ou blancs » (un gentil, un méchant), et des personnages secondaires trop creux et peu recherchés, j’ai été agréablement surprise de découvrir un éventail de personnalités diverses et recherchées. Chaque personnage du livre a son caractère propre, son histoire, ses secrets. Le lecteur est amené à successivement aimer puis douter de certaines personnes, et inversement. La frontière entre méchant et gentil est rendue de plus en plus floue avec brio.

 

— Pourquoi ? —

Parce que l’histoire n’est pas le passé. L’histoire a déjà eu lieu, mais le passé est en train de se produire. Si cette table n’avait pas été faite un jour par un menuisier, elle ne serait pas ici aujourd’hui. Si les Grecs ou les Romains n’avaient pas existé, ni toi ni moi ne serions là, ou nous n’y serions pas de la même façon. Et si je n’étais pas né il y a soixante-sept ans, tu n’en aurais pas quinze aujourd’hui et tu ne serais pas cette si jolie jeunette que tu es. Ne l’oublie jamais : tu es parce que d’autres ont été.

La présence de nombreux flashbacks ainsi que l’atmosphère de huit-clos permettent également à l’auteur de faire évoluer ses personnages rapidement et de leur donner toujours plus de complexité et de relief, un élément qui me tient particulièrement à cœur lors de la lecture d’un livre. D’ailleurs, sans spoiler, mais une mention spéciale doit être attribuée au « méchant » du livre, ce tueur mystérieux. L’imagination de Somoza culmine dans l’identité dissimulée de cet assassin, et dont la révélation cause un twist qui prend le lecteur de court.

Le dénouement de l’histoire se déroule sur les dernières 90 pages environ de ce roman de 600 pages, pourtant, l’intrigue est entretenue de façon constante, sans essoufflement. Encore une fois, les flashbacks ont rendu cela possible selon moi. Il faut dire que j’ai un faible pour les trames non-linéaires et j’adore l’utilisation des flash back ou flash forward aussi bien dans les livres que dans les films.

Ici, c’est un flashback qui amène l’intrigue puisque l’histoire commence avec la protagoniste, Elisa Robledo, physicienne à Madrid. En train de lire un article de journal qui a attiré son attention, elle reçoit un coup de téléphone qui la bouleverse et la replonge dans une expérience passée terrible lorsqu’elle travaillait sur un atoll avec une équipe de scientifiques sur la théorie des cordes. Avec ce premier flashback, José Carlos Somoza rentre dans l’histoire en posant les bases pour le lecteur : comment et pourquoi Elisa fut recrutée, avec qui, en quoi consistait son travail…jusqu’à ce que tout dérape.

Considéré comme un roman de science-fiction, ce livre est donc, vous l’aurez compris, un thriller terrifiant d’une efficacité surprenante. L’angoisse est palpable, le mystère ne cesse de s’épaissir de pages en pages sans que l’intrigue s’essouffle. L’auteur se risque même à emprunter un style horrifique dans la deuxième partie du livre pour un résultat toujours plus effrayant qui permet également, d’un point de vue technique, de diversifier l’écriture de l’œuvre.

Source : es.babelio.com ©
Source : es.babelio.com ©

Nous savons intuitivement que le temps avance. « Comme il passe vite », nous plaignons-nous. Mais cette affirmation a-t-elle un sens ? Si quelque chose « avance », il le fait à une vitesse déterminée, et à quelle vitesse le temps avance-t-il ? Les lycéens qui tombent dans le piège tendu par cette question faussement simple répondent parfois: « A une seconde par seconde » mais cela n’a pas de sens. La vitesse relie toujours une mesure de distance à une autre de temps, de sorte qu’il n’est pas possible de répondre: »A une seconde par seconde »

 

Cette deuxième partie du livre d’ailleurs apparaît comme une sorte de second livre. Dans ce deuxième acte, si l’on veut, l’horreur s’installe confortablement. Fermez les yeux et vous êtes sur l’atoll. Zig Zag est là et guette. Vous guette. L’hémoglobine trouve sa place et ponctue (généreusement) le récit. Cette tension ravivée, ces morts mystérieuses font penser à un Dix Petits Nègres version gore. N’essayez pas de vous échapper, vous n’y arriverez pas. L’insomnie, celle qui touche les personnages est contagieuse…

Enfin, la Théorie des Cordes ne se cantonne pas qu’au domaine de la physique ou des mathématiques. Paléontologues, psychologues, théologiens, militaires accompagnent l’équipe sur l‘atoll. En réalité, La Théorie des Cordes touche également à l’histoire, à la psychologie, à la maladie, à la politique, à la sociologie et même, de façon plus étonnante peut-être, à la religion. En effet, le mysticisme englobe chaque page de ce thriller. Les expérimentations scientifiques sur l’atoll invitent à la dérive : pouvoir observer le passé devient possible, et la curiosité de chacun s’attisent puisque tout semble possible : voir les dinosaures ? Le Christ ? Oui, mais pas sans conséquence…

. * .

En conclusion, un thriller haletant que je n’ai pas su reposer avant d’avoir terminé. J’ai découvert, et eu peur en même temps que les personnages (je vous déconseille la lecture de cet ouvrage à 3h du matin). Je suis rarement aussi emballée par un livre, mais José Carlos Somoza m’a donné envie de le découvrir davantage. Je recommande !

Et vous connaissiez vous cet auteur ? Si vous pensez à d’autres livres dans ce genre, n’hésitez pas à me laisser un commentaire 🙂

Laisser un commentaire