Prix des lecteurs du Livre de Poche : la sélection de février 2019

Après vous avoir révélé que j’ai été sélectionnée comme jurée du prix des lecteurs pour le Livre de Poche, il est temps de vous parler de la première sélection : celle de février !

LE SAUT DE L’ANGE, Lisa Gardner

Quatrième de couverture 

Nuit noire et pluvieuse sur le New Hampshire : sur la route, une voiture fait une violente embardée. Au volant, une femme qui ne se souvient de rien, sauf d’une chose : Vero, sa fille, qui était avec elle, a disparu. Tout est immédiatement mis en oeuvre pour la retrouver, en vain… Jusqu’à ce que Thomas, le mari de Nicole, dévoile que sa femme a perdu la raison : l’enfant n’a jamais existé ! Pourtant, il y avait une autre personne avec elle dans la voiture lors de l’accident, les recherches de la police l’ont confirmé. Alors, qui était-ce ? Qu’est-elle devenue ? Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?

Mon avis :

Premier Gardner que je lis, Le Saut de L’Ange est un thriller plutôt rondement mené. Un livre relativement épais qui se concentre pourtant autour du mystère d’une seule nuit, un simple accident de voiture, et d’un couple aux sombres secrets… avec une histoire aux ramifications lourdes de conséquences.

L’intrigue dans laquelle nous entraîne Lisa Gardner embourbe son lecteur dans un kaléidoscope de points de vue… parfois du même personnage. La protagoniste, Nicky, est en effet loin d’être celle que l’on pourrait penser. Au delà des traumas, est-elle victime ou coupable ? Malade ? Perd-elle la raison ?

Sans parler de Véro. Une fille ? Un alter égo ? Un souvenir ? Un fantasme ? La paranoïa nous guette et nous enserre au fur et à mesure que les mystères du passé lèvent leur voile.

La profondeur psychologique donnée aux personnages est appliquée. Lisa Gardner s’est renseignée sur les conséquences de traumas afin d’en tirer parti au mieux pour faire passer son personnage principal, Nicky, pour un esprit torturé, voire fou… de même que son lecteur ! Tandis que le mari est une ombre mystérieuse qui ne cesse d’osciller sur la ligne complice-coupable-innocent…

Jusqu’à la fin, même après le dénouement total de l’intrigue, et les démons de chacun révélés – mais non expiés -, on s’interroge sur le jugement que l’on doit réserver à chacun.

Malgré une qualité stylistique plutôt lisse, voire faible, l’histoire reste efficace. Les fausses pistes s’entremêlent, les situations se retournent constamment, nous ne savons pas vraiment où nous allons en lisant Le Saut de l’Ange, et c’est ce qui m’a énormément plus. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai voté pour ce livre pour la première sélection en tant que jurée du Prix des lecteurs du Livre de Poche.

Ma note : 7.5/10

*

LES CHIENS DE DETROIT, Jérome Loubry 

Quatrième de couverture : 

2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.

Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?

L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

Mon avis

Les Chiens de Détroit est de ces polars aux odeurs de scotch et de cigares que l’on imagine se passer en noir et blanc. C’est un roman où l’ambiance est précieusement construite, dans la brume du géant. Et celle de Détroit en déperdition… 

Deux époques, deux enquêtes. Les points de vue s’alternent dans cette ville pluvieuse désenchantée qui se vide et se détruit de l’intérieur, plus que l’ombre d’elle-même. Tout comme ses personnages qui trainent leurs erreurs du passé, leurs défauts, leurs conflits intérieurs, dans la tentative de résolution de cette enquête qui reste toujours sans réponse vingt ans après.

Ce livre m’a plu dans l’effort de construction de l’ambiance ; il m’a beaucoup fait penser à Mystic River, dans cet esprit brut, poisseux et industriel du roman noir des années 70. Néanmoins, Jérôme Loubry alourdit son récit par un style inégal, parfois trop ampoulé, d’autant plus gâché car juxtaposé avec des personnages torturés trop clichés – nous ne citerons ici que le flic principal, homme solitaire et violent rongé par ses remords passés qu’il noie dans l’alcool, s’attachant à une jeune nouvelle prometteuse chez qui il détecte immédiatement la présence de lourds secrets pour illustrer propos…

On regrettera également le début appliqué du récit versus la fin plutôt précipitée, parfois aux conclusions hâtives.

Si c’est le Gardner qui a retenu mon vote, c’est aussi en raison de ma préférence personnelle pour les thrillers plutôt que les polars. Ce qui me plait, ce sont les intrigues psychologiques, sombrer dans les affres de la folie avec les personnages et douter jusque la dernière page. Les Chiens de Détroit contient moins de suspense à cet égard, jouant davantage sur l’émotion que l’intellect. Un roman intéressant et un auteur au style prometteur, mais pas assez abouti à mon sens au niveau du récit.

Ma note : 6/10

*

Et vous, quel livre vous tente le plus ? Connaissez-vous ces auteurs ?

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