Prix des lecteurs du Livre de Poche : la sélection de mai 2019

Un peu en retard, mais voici les 3 livres sélectionnés pour le mois de mai 2019 !

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Le Brasier, Vincent Hauuy

Synopsis

Quand le général Lavallée engage Noah Wallace pour retrouver les assassins de sa fille Sophie, le profiler refuse de croire à sa mort.

Persuadé que la jeune blogueuse est en danger, mais vivante, il accepte la mission et mène l’enquête avec Clémence Leduc, sa troublante partenaire. Mais tous deux vont très vite se rendre compte que les ramifications de cette disparition sont beaucoup plus vastes qu’il n’y paraît et pourraient être liées à la récente vague de meurtres et de suicides inexpliqués qui frappent l’ensemble du territoire américain.

Hanté par les visions d’un petit garçon sans visage et d’un brasier d’où s’échappent des cris d’effroi, Noah va se retrouver au coeur d’une investigation menée tambour battant mais qui le mènera aux portes de la folie.

Mon avis

Le Brasier est un thriller comme je les aime : qui ne se passe pas à Paris (pour une certaine raison, j’ai beaucoup de mal avec l’atmosphère française que l’on veut donner aux récits « noirs »…), avec un héros torturé (qui ne l’est pas certes, mais là Noah Wallace a tout de même des visions et des dons de médium…), des cliffhangers de partout sans pour autant que l’on s’en lasse, des histoires de services secrets et de complots politico-scientifiques….

Le Brasier est construit d’une trame assez complexe et étalé : on vogue entre hallucinations, visions, souvenirs, mémoire effacée, complot, services secrets, manipulations génétiques, clonages et vengeance… Ce kaléïdoscope reflète également la multitude des personnages du récit (mais qui a le mérite de ne pas perdre le lecteur une seconde) : Clémence, une ancienne de CSIS (service de renseignement de sécurité canadien), Pavel Bukowski, Andrew Clayton chercheur scientifique, Abraham Eisik israélien, diabétique, hanté par la mort de sa femme, Dimitri, mafieux de la Bratva, Hansel (père), propriétaire de Genetech, Karl son fils et Damien l’adopté… Pour une fois, j’ai trouvé un effort dans la description de chaque personnage, même secondaire : plutôt élaboré, un effort se fait sentir sur leur passé, leurs blessures, leurs caractéristiques…

Bien que les personnages principaux étaient déjà présents dans Le Tricycle Rouge – que je n’ai pas lu – cela n’a perturbé en rien ma lecture. Le Brasier est un roman qui se lit rapidement, le style est plutôt simple et efficace, et Vincent Hauuy sait comment insérer des infos sur le passé de chacun pour que le lecteur dispose des informations nécessaires. C’est une histoire qui m’a happée, qui fonctionne. Rien de vraiment novateur, et une fin peut-être un peu trop accélérée, mais de bonnes idées !

7.5/10

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L’heure des fous, Nicolas Lebel

Synopsis

Paris. Un sans-abri est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre, qu’on n’y passe pas Noël », ordonne le commissaire au capitaine Mehrlicht et à son équipe, le lieutenant Dossantos, exalté du code pénal et du bon droit, le lieutenant Sophie Latour qui panique dans les flash mobs, et le lieutenant stagiaire Ménard, souffre-douleur du capitaine à tête de grenouille, amateur de sudoku et de répliques d’Audiard.


Mais ce qui s’annonçait comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique une fois le cadavre identifié. L’affaire entraîne le groupe d’enquêteurs dans les méandres de la Jungle, nouvelle cour des miracles au cœur du bois de Vincennes, dans le dédale de l’illustre Sorbonne, jusqu’aux arrière-cours des troquets parisiens, pour s’achever en une course contre la montre dans les rues de la capitale. Il leur faut à tout prix empêcher que ne sonne l’heure des fous.

Mon avis 

L’Heure des fous est une lecture assez intéressante. D’abord plongé dans une enquête noire, à la française même, petit à petit les pistes se multiplient et le récit prend davantage de profondeur. On se retrouve plongés dans une dimension historique étonnante que l’on n’aurait pu soupçonner au début – le suspense est plutôt bien gardé !

Malgré le fait que l’on retrouve le cliché du flic bourru, accro à la nicotine et au franc-parler qui bouscule dans le personnage du capitaine Mehrlicht, du stagiaire souffre-douleur, ou encore de la femme, seule policière de l’équipe, des éléments parviennent à contrebalancer ce goût de déjà-vu. Comme les sonneries de portables de Mehrlicht calquées sur des citations de films d’Audiard, ou comme son acolyte, Dos Santos, monstre boosté à la testostérone qui ne jure que par le code pénal comme littérature qui en vaille la peine … autant de petites anecdotes qui permettent de contribuer à la construction d’un univers propre à Nicolas Lebel qui signe là son premier roman.

Quant à l’intrigue, elle est plutôt solide, et  explore des thématiques originales : la situation des sans-abris dans les grandes villes, entre misère et conscience (responsabilité) collective par exemple, ou la vie des journalistes sous couverture ; de là, l’auteur pousse davantage la réflexion en abordant le conflit de classes, l’histoire de France, le tout en s’appuyant – notamment – sur Victor Hugo ! Un mélange intéressant, au style plutôt direct mais farfelu (surtout dans les propos de Mehrlicht !,  qui a de quoi plaire aux fans de noir et aux férus d’histoire française.

6/10

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Fantazmë, Niko Tackian

Synopsis

Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre.

Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront  inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Mon avis 

Encore une fois pour cette sélection mensuelle, une grosse déception. Je n’ai pas du tout accroché à l’univers du livre, l’action, les personnages…  Mafia albanaise, traite de femmes, migrants sans papier, tout se confond dans le sordide des rues de Barbès et on suit le commandant Tomar Khan lancé à la poursuite d’un tueur énigmatique, « Fantazmë » (spectre en albanais), redouté aussi bien par les caïds kurdes que syriens.

On retrouve rapidement le schéma du « méchant » qui se trouve être un « Robin des bois » in disguise, dans un Paris sale – qui existe, certes – mais qui tombe dans le surfait, où chacun traine ses fantômes. Peu d’attachement aux personnages, un univers sombre et violent, et un dénouement qui ne fait pas vraiment surprise… Bref, j’ai eu du mal à terminer ma lecture !

2/10

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Clairement le choix fut assez facile, et encore une fois je tends vers le roman étranger, avec Le Brasier – décidément !

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