Prix des lecteurs du Livre de Poche : la sélection de Mars 2019, et mon vote

Sans plus attendre, voici la sélection de mars de la catégorie polar du prix des lecteurs du Livre de Poche, et mon avis sur celle-ci !

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Dans les angles morts, Elizabeth Brundage

Synopsis 

En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tempête de neige, après une journée à l’université privée de Chosen où il enseigne l’histoire de l’art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre – depuis combien de temps ? 

Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie (mais récemment repérée par de riches New-yorkais à la recherche d’un havre bucolique) où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une ancienne exploitation laitière. George est le premier suspect, la question de sa culpabilité résonnant dans une histoire pleine de secrets personnels et professionnels. 

Mais Dans les angles morts est aussi l’histoire des trois frères Hale, qui se retrouvent mêlés à ce mystère, en premier lieu parce que les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu’ils ont dû quitter après le suicide de leurs parents. Le voile impitoyable de la mort est omniprésent ; un crime en cache d’autres, et vingt années s’écoulent avant qu’une justice implacable soit rendue. 

Portrait riche et complexe d’un psychopathe, d’un mariage aussi, ce roman étudie dans le détail les diverses cicatrices qui entachent des familles très différentes, et jusqu’à une communauté tout entière.

Mon avis 

Dans les angles morts est un roman déroutant. Dès la première page, le style interroge puisqu’il n’y a pas de mise en forme pour les dialogues : pas de tiret ni de guillemet, chaque parole prononcée fait partie du texte, mélangée aux descriptions, commentaires, monologues internes. Cela peut paraître difficile à suivre, mais si ça requiert un petit temps d’adaptation, j’ai trouvé l’effet plutôt réussi : on se retrouve complètement plongé dans la vie des personnages qu’Elizabeth Brundage a si méticuleusement construit. Le suspense transpire dans son écriture puisque chaque chapitre commence par des pronoms – il, elle… le lecteur n’est jamais trop sûr de qui Elizabeth parle au début et laisse planer le doute, nous invitant ainsi à découvrir qui se cache derrière ces angles morts.

Ce roman fait partie de la sélection polar, pourtant, c’est plutôt une fresque, un pan de vie détaillé et complexe sur les affres du quotidien et de la psychologie de plusieurs familles qui s’entrecroisent, presque abattues par la fatalité. En effet, la mort est omniprésente, pourtant la seule mort qui ouvre et ferme le roman est celle de Catherine Clare. Mais le voile du suicide du couple Hale dans la même ferme quelques années auparavant semble avoir marqué le récit d’une certaine implacabilité. 

La force de ce roman est probablement le fait que l’auteure parvient à nous passionner pour des vies plutôt banales – des familles malheureuses, des maris qui trompent, des jeunes filles perdues, des problèmes d’argent… Des problèmes du quotidien qui pourtant nous font rentrer dans l’intimité de chaque personnage de façon extrêmement frappante. Mot après mot, un tableau, une immense toile de fond se peint – peut-être inspiré par le peintre paysagiste George Inness qui fascine tant George Clare. 

Dans les angles morts est un roman assez unique, indescriptible, qui vous rentre sous la peau. D’une certaine manière, le style d’écriture et la minutie avec laquelle les familles Clare et Hale prennent vie m’a beaucoup fait penser à une version suspense/vieille Amérique de la célèbre saga l’Amie Prodigieuse d’Elena Ferrante. Finalement, l’important n’est pas tant ce qui s’est passé, que ce qui se passe : la vie, les événements et les prises de conscience de chacun qui ont jalonné leurs vies.

Ma note : 9,5/10

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Horror Borealis, Nicolas Feunz

Synopsis

Sur les rives du lac de Neuchâtel, en Suisse, des coups de feu éclatent en plein festival de musique. Le site est évacué. La grande scène devient le théâtre d’une prise d’otages. Un négociateur intervient. Le groupe d’intervention de la police s’organise. Dans l’esprit de Walker, une seule question compte : que s’est-il passé en Laponie ? Ses souvenirs sont flous. Mais il est clair que, de longue date, il ne croit plus au Père Noël. Et vous, y croyez-vous encore ?

Mon avis 

Horror Borealis est le premier livre que j’ai choisi de lire pour cette sélection de mars. Plutôt par soucis de praticité, car il était nettement plus court (269 pages) que le roman d’Elisabeth Brundage (631 pages), que par soucis d’intérêt, car je n’étais pas franchement convaincue par le résume de la quatrième de couverture.

Finalement, c’est un roman qui se lit très rapidement : le lecteur n’a aucun mal à rentrer dans l’histoire, ni à comprendre ce qu’il se passe… Un peu trop d’ailleurs. Car malgré les allers-retours entre l’action présente, et les événements mystérieux de Laponie, j’ai deviné très rapidement ce qu’il s’était passé. Or, toute l’intrigue sert justement à découvrir ce qui s’est réellement passé là-bas, et chaque chapitre, chaque action, contribue à faire avancer celle-ci (tant que la répétition de la question « mais que s’est-il passé en Laponie ???? » en devient trop lourde).

Nicolas Feuz livre un récit efficace, sans fioriture extérieures hormis le gore qui abonde au fur et à mesure des pages jusqu’à un final explosif à la Tarantino… ou à la Stephen King dont les références ne manquent pas : course poursuite et final dans la neige, explosion sanguinolente… l’influence de Shining, entre autre, est claire chez l’auteure, plus d’ailleurs que celle de Maxime Chattam, dont la quatrième de couverture clame pourtant qu’il en est la version suisse ! 

Malheureusement, entre un récit plutôt pauvre, et un style bien trop simple et direct, les répétitions, les incohérences de l’intrigue, et le manque de consistance de certains dialogues desservent d’autant plus le roman.

Horror Borealis est un polar qui a du potentiel, mais qui à mon sens n’est pas achevé. 

Ma note : 4,5/10

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Mon choix a donc été facile pour cette sélection, j’ai bien évidemment eu un réel coup de coeur pour Les angles morts

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