L’exposition Jean-Michel Basquiat & Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton

Tous deux morts à 28 ans, de part et d’autre de l’Atlantique à plus d’un demi siècle d’écart, on ne peut que saluer l’association entre les expositions Schiele et Basquiat qu’offre la Fondation Louis Vuitton. Deux artistes au rapport obsessionnel avec l’art, curieux, novateurs, sulfureux même, nous offrant des dessins corrosifs, engagés, mais aussi pleins de détresse. 

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat, l’un des peintres les plus marquants du XXe siècle, se déploie dans quatre niveaux du bâtiment de Frank Gehry.

L’exposition parcourt, de 1980 à 1988, l’ensemble de la carrière du peintre en se concentrant sur plus de 120 œuvres décisives. À l’image des Heads de 1981-1982, pour la première fois réunies dans cette exposition, ou de la présentation de plusieurs collaborations entre Basquiat et Warhol, l’exposition compte des ensembles inédits en Europe, des travaux essentiels tels que Obnoxious Liberals (1982),  In Italian (1983) ou encore Riding with Death (1988), et des toiles rarement vues depuis leurs premières présentations du vivant de l’artiste, telles que Offensive Orange  (1982), Untitled (Boxer)  (1982), et Untitled (Yellow Tar and Feathers)  (1982).

L’exposition affirme la dimension d’artiste majeur de Basquiat, un artiste ayant radicalement renouvelé la pratique du dessin et le concept d’art. Sa pratique du copier-coller a frayé la voie à la fusion des disciplines et des idées les plus diverses. Il a créé de nouveaux espaces de réflexion et anticipé, ce faisant, notre société Internet et post-Internet et nos formes actuelles de communication et de pensée. L’acuité de son regard, sa fréquentation des musées, la lecture de nombreux ouvrages lui ont donné une réelle culture. Mais son regard est orienté :  l’absence des artistes noirs apparaît avec une douloureuse évidence ; l’artiste s’impose alors de faire exister, à parité, les cultures et les révoltes africaines et afro-américaines dans son œuvre.

Source : Fondation Louis Vuitton 

Anthony Clarke (1985)

« La dualité est un principe fondamental dans l’art de Basquiat, exprimée le plus souvent  par des personnages opposés, de la représentation du Christ aux figures démoniaques. Juxtaposées les unes contre les autres, les images sont saturées de couleurs et de symboles abstraits. Basquiat crée, par ce principe, une véritable tension dans ses toiles : il suggère que chaque élément conditionne l’autre, ce qui aboutit à la création de l’ensemble. »

Dix ans, 1 000 toiles, 2 000 dessins… En une décennie, Jean-Michel Basquiat a bouleversé la peinture contemporaine. 

Né en 1960 d’un père haïtien et d’une mère d’origine portoricaine, dans la petite bourgeoisie de Brooklyn, Jean-Michel Basquiat quitte l’école très tôt et fait de la rue de New York son premier atelier. A 17 ans, il ren­contre Al Diaz, graffeur du Lower East Side, sa première collaboration artistique. Il signe alors « Samo », pour « same old shit » (« toujours la même merde »), et recouvre les portes du bas Manhattan de ses esquisses.

Après avoir vendu quelques T shirt et des cartes postales de dessins, puis déclaré la mort de Samo – Samo is dead -, « Jean » se lance à corps perdu dans la peinture. Rapidement, il connaît un succès extraordinaire. Sa renommée explose grâce à l’exposition « New York/New Wave », au P.S. 1, le temple de l’art contemporain, en 1981, tandis que le marchand zurichois Bruno Bischofberger est à l’origine de sa rencontre avec celui qui deviendra un grand ami, Andy Warhol.

En 1985, la une du New York Times Magazine parle de ce nouveau phénomène : « Nouvel art, nouvel argent : le marketing d’un artiste américain ».

Déçu de son seul voyage en Afrique, en 1986, puis anéanti par la mort soudaine de Warhol, le speedball (mélange d’héroïne et de cocaïne) aura raison de Basquiat le 12 août 1988.

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L’œuvre d’Egon Schiele est indissociable de l’esprit viennois du début du XXe siècle. En quelques années, son dessin s’est imposé comme l’un des sommets de l’expressionnisme.

L’exposition de la Fondation propose des oeuvres comme Autoportrait à la lanterne chinoise (1912) emprunté au Leopold Museum (Vienne), Femme enceinte et mort (mère et mort)  (1911) de la Národní galerie (Prague), Portrait de l’épouse de l’artiste (Edith Schiele), tenant sa jambe (1917) de la Morgan Library & Museum (New York), Nu féminin debout avec tissu bleu(1914) du Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg, Nu masculin assis vu de dos (1910), de la Neue Galerie New York ou Autoportrait  (1912) de la National Gallery of Art, Washington.

Source : Fondation Louis Vuitton

Autoportrait au gilet, debout (1911)

Repéré très tôt par ses professeurs, Schiele n’a que 19 ans quand il claque la porte de l’Académie des beaux-arts (celle-là même qui recalera Adolf Hitler deux ans plus tard) pour se placer sous la tutelle de Gustav Klimt, alors âgé de 45 ans, et l’un des peintres le plus influent de Vienne. 

Il fonde en 1909 le Neukunstgruppe et, grâce à la Secession viennoise et Gustav Klimt, découvre les travaux de Van Gogh, Munch ou Toorop. Schiele reste proche du Jugendstil (nom donné au mouvement « Secession » en Allemagne, par la revue Jugend), mais il prend peu à peu ses distances.

En 1911, il rencontre une jeune femme à la réputation sulfureuse, Wally Neuzill, qui avait déjà posé pour Klimt. Elle devient son modèle et sa compagne.  Après avoir déménagé à Vienne, l’accueil réservé à Schiele n’est guère ouvert : ses dessins à caractères érotiques et des soupçons de détournement de mineurs conduisent à son arrestation en 1912 pendant près de trois semaines. 

Pulsions de mort et distorsion des corps

 Schiele a deux sœurs, dont l’une, Elvira, décède quand il a 3 ans. Quant à son père, chef de gare à Tulln an der Donau, il meurt en 1905, alors Schiele n’est âgé que de 15 ans. Schiele a grandit de façon familière avec la mort, thème qui revient très souvent dans son travail.

De plus, à l’époque à laquelle il peint, son pays, l’Autriche, est le centre d’un empire au bord de la rupture. La production de Schiele se concentre sur la distorsion des corps, le désir et la mort. Les corps sont émaciés, le traits nerveux. Même les paysages qu’il peint sont dépouillés, les arbres effeuillés, carcasses de la nature.

Fauché par la grippe espagnole en 1918, trois jours après sa femme, enceinte de leur premier enfant, l’artiste aura réalisé en une dizaine d’années quelque trois cents toiles et plusieurs milliers de dessins.

Les expositions

  • Schiele : jusqu’au 14 janvier 2019
  • Basquiat : jusqu’au 21 janvier 2019
  • Micro-visites : gratuites et sans réservation, durée 15 min, départs de visite toutes les 30 minutes, français
  • Application de visite téléchargeable gratuitement sur votre smartphone iOS et Android ou disponible en prêt au comptoir d’accueil    
  • Les tarifs : 16€ (plein tarif) ; 10€ (-26 ans, étudiants, enseignants) ; 5€ (-18 ans, demandeurs d’emploi, artistes)
  • Horaires : Fermé le mardi ; 11h-10h les lundi, mercredi, jeudi ; 11h-21h le vendredi, 9h – 21h les weekends

2 Replies to “L’exposition Jean-Michel Basquiat & Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton”

  1. […] théâtre (Intramurros d’Alexis Michalik, Le Prénom avec Florent Peyre…) et au musée (les expos Basquiat-Schiele, […]

  2. […] d’être allée au musée ce mois-ci (après avoir bien profité des expositions sur Basquiat et Schiele à la fondation Louis Vuitton et de la visite de Versailles en décembre), je suis allée au […]

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