Pourquoi à trop vouloir être heureux on peut finir… malheureux !

Le bonheur aujourd’hui est un sujet que l’on présente de plus en plus comme une priorité dans notre société : vivre aligné, trouver sa voie, rechercher l’équilibre dans sa vie… Tout autant de formules qui font surface dans des témoignages de personnes qui se sont reconverties professionnellement, qui ont quitté Paris pour une petite ville de province ou la campagne, qui ont entamé une démarche de zéro déchet, qui ont décidé d’arrêter le sport en compétition pour pouvoir profiter de la pureté de la discipline… Les exemples ne manquent pas.

De façon générale, ces changements de vie tendent à une chose, principalement : rendre le principal intéressé plus heureux, avoir une meilleure qualité de vie, pouvoir profiter en plus grande quantité des choses qui l’intéressent, et d’avoir à moins se soucier de ce qui ne lui est pas indispensable. Cependant comme le dicton le dit, « l’herbe est toujours plus verte ailleurs. » En effet, ne vous est-il jamais arrivé de vous fixer un objectif, et après la joie ressentie à l’instant T de la complétion de cet objectif passée, ne vous êtes-vous jamais senti un un peu vide, voire même blasé ? Et ce qui vous redonne alors de l’enthousiasme est la perspective de réaliser autre chose, quelque chose qui n’est pas encore en votre possession, ou dans vos capacités.

A trop chercher le bonheur… on ne le trouvera pas !

Est-ce que cela signifie que rechercher activement le bonheur ne rendrait pas heureux, voire pourrait avoir un effet contre-productif ? C’est ce qui transparaît de plusieurs recherches, dont une étude menée par Iris Mauss, professeure à l’université de Californie. Avec son équipe, elle a réalisé plusieurs tests dont les résultats sont pour le moins contre-intuitifs. Dans un de ces tests notamment, les participants devaient penser à dix éléments qui pourraient rendre leur vie plus heureuse. Contrairement aux résultats que l’on aurait pu en attendre, les résultats ont montré qu’après cet exercice, les participants ont vu leur moral baisser.

D’où vient ce résultat ? Et bien il semblerait que le fait de se concentrer activement à ce qui pourrait améliorer notre bien-être subjectif (la définition scientifique du bonheur) nous rende plus conscients de ce dont nous manquons. Or, il se trouve que la caractéristique phare du bonheur est d’apprécier ce que l’on a, et ce malgré ce qui peut venir à nous manquer. Le bonheur ne consiste pas à souhaiter davantage, ou que les choses soient différentes.

D’ailleurs, il semble qu’il existe un phénomène d’usure face à ce qui est agréable et satisfaisant : lorsqu’une source de bien-être est présente chaque jour de notre vie, nous l’apercevons de moins en moins, ce qui diminue son effet. Combien de fois, en étant malade, vous êtes-vous dit que vous aviez trop pris pour acquis le fait de ne pas avoir le nez bouché, ou la gorge enflammée ? C’est comme lorsque vous achetez quelque chose : une fois l’aspect neuf de l’objet passé, il s’insèrera dans votre quotidien avec le reste de vos possessions et ne vous procurera plus autant de joie qu’à ses premiers jours, et encore moins que les jours précédant son acquisition (phénomène du bonheur anticipé).

Une deuxième conséquence de cette étude, et qui a été confirmée par d’autres, est à souligner également : le fait que cet exercice de pensée nous fasse considérer le temps comme une quantité limitée. En rêvant aux projets que nous souhaiterions accomplir et qui nous permettraient d’être heureux, nous nous retrouvons confrontés à la nécessité de planifier ces actions. Le temps est davantage perçu comme une quantité finie, et nous faisons face de façon plus consciente à notre propre mortalité, et le fait que nous ne pouvons pas tout faire.

Et quid de la place des émotions positives dans le fait d’être heureux ?

Encore une fois, instinctivement, nous pourrions penser que la recherche du bonheur passe par l’accumulation d’émotions positives : le rire, la joie, la satisfaction, la fierté… Cependant, à trop vouloir rationaliser la recherche de notre bonheur, nous pouvons en devenir trop concentré sur ce que nous voulons qu’il nous arrive et non sur ce qu’il nous arrive dans l’instant présent.

« L’orientation reconnaissante » est le nom donné à cette capacité qui consiste à éprouver de la gratitude envers nos proches et à apprécier pleinement les événements satisfaisants de notre quotidien. Selon Robert Emmons et Michael McCullough, experts dans le domaine de la recherche sur la gratitude, cette aptitude est associée à une plus grande satisfaction par rapport à la vie et à une moindre tendance à l’anxiété et à la dépression.

De plus à trop porter notre attention sur notre ressenti, nous risquons de trop nous recentrer sur nous-même et de verser dans l’excès de contrôle, pouvant même nous éloigner d’opportunités capables d’accroître notre bonheur inattendues ; or l’être humain est un animal social comme l’explique Aristote, et les autres contribuent à notre bonheur.

Le bonheur, c’est les autres !

S’il ne faut pas trop se concentrer sur son bonheur pour être vraiment heureux, cela ne signifie pas pour autant qu’il faut rester passif au quotidien ! Avoir des objectifs de vie est une bonne chose, mais les études menées par le domaine de la psychologie positive montrent que la clef du bonheur chez l’être humain passe par autrui : nos actes de bienveillance au quotidien ainsi que le fait d’être en contact avec d’autres personnes contribuent à augmenter notre bonheur personnel. Ainsi, le bonheur s’épanouit lorsque notre attention se détourne de nous-mêmes au profit des autres. Cette sensation est d’autant plus forte lorsque nous nous sentons utile. Ce sentiment d’utilité permet de sublimer la dimension cognitive du bonheur : celle du sens.

Une étude menée par Douglas Gentile et ses collègues de l’université d’État de l’Iowa a démontré que souhaiter du bien aux autres était d’ailleurs un remède efficace pour booster son moral. Ils ont demandé à 130 adultes de marcher autour d’un bâtiment pendant douze minutes. Chaque fois que les participants croisaient quelqu’un, ils devaient se dire « Je souhaite que cette personne soit heureuse », en essayant de le penser sincèrement. Une technique inspirée de la méditation bouddhiste de l’amour bienveillant, ou « méditation metta ». Les questionnaires psychologiques ont révélé que les sujets se sentaient ensuite mieux que les membres du groupe contrôle, qui devaient se contenter d’observer l’apparence des passants. Ils éprouvaient ainsi moins d’anxiété et plus de bonheur. Pour les chercheurs, ce type de pratique crée un sentiment de lien avec les autres.

Le bonheur est donc à porté de main, et non un objectif à atteindre plus ou moins lointain ; il est dans la capacité d’apprécier ce qui nous arrive – que ce soit positif ou négatif – et dans notre contribution à autrui par des actions utiles qui nous apportent du sens. Comme le dit si bien Yves-Alexandre Thalmann, professeur de psychologie au Collège Saint-Michel, « la quête du bonheur est par conséquent une excellente idée, du moment qu’il s’agit de celui des autres ! »

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